Radiopharmacie
Médecine nucléaire
Médicaments
utilisés
Produits utilisés en diagnostic
Comparaison
radiopharmaceutiques et autres médicaments
Classification des
radiopharmaceutiques
Produits utilisés en thérapeutique
Firmes productrices de spécialités
pharmaceutiques
Particularités du marché des
radiopharmaceutiques
Taille réduite du marché
Facturation par forfait
Achat et livraison
directe au médecin
Cadre légal
A-t'on
besoin d'un pharmacien ou d'un radiopharmacien ?
Caméras positons
Médecine nucléaire
INTRODUCTION
Les
préparations radiopharmaceutiques sont réalisées dans les services de médecine
nucléaire, souvent sans que la pharmacie n’intervienne. L’apparition récente de
caméras utilisant des émetteurs de positons et la définition par Arrêté Royal
de ce type de centre, parlant pour la première fois d’un spécialiste en
radiopharmaceutiques, a fait remonter à la surface le problème légal de ces
préparations.
En
quoi consistent ces préparations, quel rôle le pharmacien hospitalier peut-il
jouer, et un radiopharmacien est-il nécessaire dans les centres utilisant
des émetteurs de positons ou dans les centres de médecine nucléaire
conventionnelle ?
Le diplôme de radiopharmacien n’existe pas, mais l’AR du 20.07.2001 (art. 47), actualisant l’AR du 28.2.63, définit un «pharmacien chargé du contrôle de conformité et de qualité des radionucléides ou des préparations qui en contiennent».
La reconnaissance de ce titre dépend de la Commission d’agrément de l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire qui donne son avis, sur base d'un dossier établi par le demandeur, sur l'acquisition d'une pratique suffisante et de connaissances en radiobiologie et en pharmacologie des matières radioactives.
Cette spécialisation est prévue pour les pharmaciens travaillant pour les producteurs de radiopharmaceutiques et non pour les hôpitaux utilisateurs de radiopharmaceutiques.
De
la même façon, en Flandre, la formation est possible mais n'est structurée au
niveau d'aucune université.
La
licence spéciale en Pharmacie hospitalière de l’ULB comprend une formation
théorique en matière de radiopharmacie (35h) ainsi qu'un stage dans un service
de médecine nucléaire (100 h).
Les
programmes de licence spéciale de l'UCL et de l'ULg prévoient également une
formation théorique et pratique en radiopharmacie.
Dans
la partie néérlandophone du pays, la licence spéciale est commune aux
différentes universités et comprend une formation théorique (15 h) et une
semaine de pratique dans une radiopharmacie.
Tous
les centres de médecine nucléaire ne sont pas égaux quant à la complexité de
leurs activités sur les plans pharmaceutique et chimique.
Le
cyclotron et l’activité de radiochimie attenante permettent la synthèse de
différents produits radioactifs complexes à demi-vie courte ou très courte à
partir de produits non radioactifs élémentaires.
Il
s’agit d’une activité requérant des radiochimistes (synthèses) et des
ingénieurs techniciens (automatisation). Le financement de ces centres n’est
pas possible par le seul remboursement INAMI, si bien que des activités de
recherche utilisant des traceurs expérimentaux y sont souvent pratiquées.
Ce
type de centre est limité à un centre par université.
Les
radiopharmaceutiques utilisés sont certains des traceurs produits en cyclotron
mais ne sont pas produits sur place. La difficulté actuelle est la statut du
traceur, qui n’est pas encore disponible comme spécialité pharmaceutique belge.
Le
nombre de centres autorisés est limité à 12 centres dont les centres
cyclotrons, bien que d’autres centres soient opérationnels.
Les
radiopharmaceutiques utilisés sont standardisés et souvent produits par
l’industrie.
La
majorité des traceurs sont synthétisés sur place par des réactions simples
entre spécialités pharmaceutiques. Il existe 176 centres en Belgique,
principalement hospitaliers et plus rarement de type polyclinique.
Les
radiopharmaceutiques sont principalement des produits de diagnostic (91% des
dépenses INAMI, 98% des cas). L’effet recherché est soit l’imagerie d’un
organe, soit l’étude de la fonction d’un organe.
La
qualité du traceur (pureté de 95% ou plus) n’est pas toujours un point limitant
dans la réalisation du test, si celui-ci n’est pas quantitatif.
Les
radiopharmaceutiques ont plusieurs points en commun avec les médicaments
utilisés comme produits de contraste :
-
Au
point de vue pharmacologique :
-
effet
pharmacologique souvent inexistant
-
effets
secondaires non pharmacologiques, de type allergique
-
interactions
avec d’autres médicaments.
-
Au
point de vue galénique : ils sont le plus souvent des solutions injectables,
stériles et apyrogènes.
Ils
ont aussi des particularités :
-
La
dose est exprimée en unités de radioactivité (Becquerels, Curie) et non en
unités de poids ou de volume. Les appareils de mesure sont des chambres
d’ionisation et des scintillateurs et non des balances.
-
La
concentration en radioactivité s'exprime de deux manières : activité volumique
(Bq/ml de solution) et activité spécifique (Bq/mg de traceur).
-
La
radioactivité est un phénomène physique non modulable et indépendant de la
forme chimique. La demi-vie est une constante propre à l'isotope, définie comme
le temps correspondant à la réduction de moitié de la dose de radioactivité.
La dose d’un radiopharmaceutique s’exprime donc
toujours par rapport à une heure précise, correspondant par exemple à l’heure
d’injection au patient. Le préparateur doit tenir compte de la décroissance qui
se produira avant l’injection s’il prépare la dose à l’avance.
-
La
stabilité du radiopharmaceutique est exprimée de deux façons : stabilité
physique liée à la demi-vie de l'isotope et stabilité chimique du dérivé dans
lequel est inclus l'isotope.
- L’identification des radiopharmaceutiques est basée sur les caractéristiques physiques de l’isotope (demi-vie, type de rayonnement), sur les caractéristiques physico-chimiques du traceur (chromatographie) et non sur des réactions chimiques car la quantité pondérale est souvent infime.
- Le contrôle de qualité des radiopharmaceutiques comprend :
- la pureté radionucléidique (pureté de l'isotope)
- la pureté radiochimique (forme chimique de l'isotope)
- la pureté chimique (produits non radioactifs présents)
- les qualités d'injectable
-
L’efficacité
d’un traceur ne peut être démontrée que par distribution biologique sur animal.
-
Risque
connu pour le manipulateur, le patient et l’environnement.
Les
radiopharmaceutiques sont classés en quatre catégories :
·
Générateurs
Le 99mTc
est de loin le plus utilisé des radiopharmaceutiques. Il a une demi-vie trop
courte (6.02 heures) pour être vendu tel quel. Il est obtenu par l’utilisateur
à partir d’un dispositif appelé générateur 99Mo/99mTc,
utilisable quotidiennement pendant une semaine, enregistré comme spécialité
pharmaceutique. Le 99mTc est souvent utilisé sous une forme chimique
modifiée (voir trousses de marquage).
Le 81mKr
est un gaz à demi-vie ultracourte, obtenu à partir d’un générateur (81Rb/81mKr)
enregistré comme spécialité pharmaceutique. Son utilisation ne requiert pas de
transformation chimique.
·
Trousses
de marquage :
La
forme sous laquelle est obtenu le 99mTc à partir du générateur
(pertechnétate) présente une biodistribution peu intéressante.
Les
trousses de marquage, enregistrées également comme spécialités pharmaceutiques,
permettent, par une manipulation simple, de réaliser une double réaction
chimique (réduction du pertechnétate suivie de la complexation du produit
formé) menant à des complexes ayant une biodistribution spécifique.
Ces
trousses peuvent contenir différents composants :
-
réducteur
(chlorure stanneux)
-
complexant
-
anti-oxydant
pour stabiliser la réduction
-
acide
ou base pour régler le pH
Certaines
trousses donnent un marquage immédiat, d'autres doivent être incubées sous
agitation, d'autres doivent être chauffées.
La
majorité des trousses sont utilisées comme flacons multidoses.
·
Radiopharmaceutiques
prêts à l’emploi
Les
isotopes à plus longue demi-vie (67Ga, 111In, 123
I, 131I, …) permettent une production industrielle en solution
injectable enregistrée comme spécialité pharmaceutique.
Le
rôle de l’utilisateur est réduit à prélever le volume nécessaire de solution en
fonction de la décroissance radioactive du traceur.
Les
radiopharmaceutiques utilisés au cyclotron sont assimilés aux
radiopharmaceutiques prêts à l'emploi.
·
Précurseurs
pour marquage cellulaire
Le
marquage de cellules sanguines peut être réalisé par l’utilisateur par
isolement des cellules du patient, incubation avec un précurseur marqué,
purification. Le précurseur est enregistré comme spécialité pharmaceutique, la
manipulation ex-vivo est sous la responsabilité du centre.
Utilisation
relative des différentes formes de radiopharmaceutiques :

Deux
indications sont prédominantes : 131I pour les cancers thyroïdiens
(89% des cas) et le 85Sr ou 89Sr pour le traitement
palliatif des métastases osseuses.
La
brachythérapie actuellement en développement utilise des sources scellées (non
injectées).
-
Mallinckrodt
(groupe Tyco)
-
DuPont
(groupe Bristol-Myers-Squibb)
-
Amersham
Health
-
Cis
(groupe Schering)
Ces
firmes vendent des radiopharmaceutiques produits parfois par différentes
firmes.
Les
générateurs portent des noms de spécialités : Ultratechnekow (Mallinckrodt),
Amertec (Amersham), Elutec (Dupont), Elumatic (Cis).
Les
trousses de marquage portent souvent un nom de spécialité :
-
Mallinckrodt
: "Technescan" suivi du nom du complexant (ex.: Technescan DTPA)
-
DuPont
: nom du complexant suivi de "scint" (ex.: MAAscint), mais aussi les
produits Nordion (nom du complexant suivi de "kit") et le Cardiolite
-
Amersham
: "Amerscan" suivi du nom du complexant (ex.: Amerscan Medronate),
mais aussi Ceretec
-
Cis
: nom du complexant suivi de "cis" (ex.: Renocis)
Les
radiopharmaceutiques prêts à l'emploi portent en général leur nom chimique.
Lecture
conseillée : dossier du CNIMH : Médicaments radiopharmaceutiques : utilisation
pratique (XIX, 5-6, 1998 – ISSN 0223-5242) - 216 pages.
La réalité est toutefois différente d'une utilisation exclusive de médicaments enregistrés, et ce pour diverses raisons :
Le
marché belge représente 21 millions d'euros, soit la moitié du marché des
produits de contraste (iode et gadolinium inclus).
Les
dépenses INAMI en médicaments radioactifs représentent 3.4% des dépenses en
médicaments à l'hôpital et moins de 1% des dépenses nationales en médicaments.
Les
firmes sont donc lentes à demander l'enregistrement de radiopharmaceutiques
dans des indications limitées :
-
Les
dérivés 14C (aminopyrine, urée, xylose, trioléine, glycocholate)
utilisés pour les "breath tests" sont des produits chimiques non à
usage humain. Ils peuvent être remplacés par des dérivés non radioactifs (13C)
qui ont actuellement le même statut.
-
De
nouveaux traceurs intéressants ne sont disponibles qu'à l'étranger,
-
soit
avec le statut d'"orphan drug"
ex. : Infecton : ciprofloxacine marquable au 99mTc
-
soit
avec le statut de médicament
ex. : 18FDG, anticorps anti-granulocytes
marquables au 99mTc et remplaçant les manipulations longues de
marquage de globules blancs
-
De
nouveaux traceurs sont préparés dans certains centres pratiquant de la
recherche mais ne sont pas commercialisés par manque d'intérêt des firmes (ex.:
99mTc-DMP-albumine).
Le
remboursement utilise actuellement des forfaits de différentes valeurs
(chapitre VI de l'INAMI). Ce système est en cours de révision afin de limiter
l'augmentation des dépenses liée à l'utilisation de nouveaux
radiopharmaceutiques (FDG, brachythérapie).
Ces
forfaits ont été calculés avec les prix des anciens traceurs.
Le
prix des nouveaux traceurs est beaucoup plus élevé, ce qui pousse les centres à
réduire les coûts par tous les moyens.
Ex.:
le Cardiolite (99mTc-MIBI) a un prix de 5 à 10 fois supérieur au
forfait. Il doit donc être utilisé pour plusieurs patients pour être rentable.
Certains centres ne pouvant pas regrouper suffisamment de patients aliquotent
la trousse non marquée pour utilisation ultérieure. La manipulation est
délicate (stabilité, stérilité).
III.4.3.
Achat et livraison directe au médecin
La
législation prévoit que les radiopharmaceutiques soient achetés par et livrés
aux médecins utilisateurs. Ceux-ci ne sont donc pas limités dans le choix de
leurs achats et peuvent acquérir et utiliser des produits qui ne sont pas à
usage humain, ou qui ne sont pas légalement commercialisés.
La
situation actuelle du 18F-FDG, utilisé par les centres ayant des
caméras à positons, résume bien ces différents points :
Une firme se prépare à commercialiser le produit mais n'est pas encore prête. La seule possibilité actuelle est l'importation à partir d'un pays voisin, mais le transport rend le prix prohibitif.
Le
forfait de remboursement ne couvre que 30% du prix d'achat du traceur.
Plusieurs
centres de recherche belges sont capables de fournir le produit mais ne peuvent
pas le faire car ils n'ont pas l'infrastructure nécessaire à l'enregistrement
du produit comme spécialité pharmaceutique.
AR
du 04.03.1991 fixant les normes auxquelles une officine hospitalière doit
satisfaire pour être agréée
AR
du 12.08.2000 fixant les normes auxquelles un service de médecine nucléaire où
est installé un scanner PET doit répondre pour être agréé comme service
médico-technique
AR du 20.07.2001 portant règlement général de la protection de la population, des travailleurs et de l'environnement contre le danger des rayonnements ionisants.
Deux
extraits concernent les pharmaciens :
AR
04.03.1991 : "le pharmacien assure la supervision de la préparation
galénique de solutions radiopharmaceutiques injectables"
AR
20.07.2001 : "la personne autorisée à détenir et utiliser des
radionucléides prend les dispositions nécessaires pour assurer l'accès aux
locaux dans des conditions garantissant une protection efficace, …, pour les
personnes chargées d'exercer la supervision de la préparation galénique des
solutions radiopharmaceutiques injectables, conformément à l'A.R. du 04.03.91
…"
En
résumé, la protection l’emporte :
-
Commande
par personne autorisée (le médecin)
-
Livraison
sans intermédiaire au médecin
-
Conservation
dans des locaux agréés (le service de médecine nucléaire)
-
Manipulation
par personnel autorisé (le médecin et les personnes travaillant sous sa
responsabilité)
-
Aucune
obligation spécifique de contrôle de qualité
-
Délivrance
et utilisation par personnel autorisé
-
Supervision
par le pharmacien hospitalier
-
Les
centres caméras positons doivent pouvoir faire appel à un spécialiste en
radiopharmaceutiques
IV. A-T’ON
BESOIN D’UN PHARMACIEN OU D’UN RADIOPHARMACIEN ?
L'activité
de production de radioactivité justifie la présence d'un radiopharmacien. Le
nombre de centres est limité.
Le
pharmacien a la responsabilité de la qualité des radiopharmaceutiques
produits. Il établit, en collaboration avec l’équipe de chimistes, la nature et
la fréquence des tests à faire avant ou après injection, surveille l’exécution
des tests, en interprète les résultats et fait corriger les éventuelles
dérives.
Pour
les centres utilisant des caméras positons, l'AR du 12.08.2000 prévoit que le
centre puisse faire appel à un spécialiste en radiopharmaceutiques, sans
préciser s'il s'agit d'un pharmacien, et sans préciser le temps de prestation
de ce spécialiste.
En
pratique, les préparations sont réalisées par des ingénieurs chimistes, des
techniciens chimistes ou par le personnel soignant.
Le
nombre de radiopharmaciens est tellement faible qu'il est illusoire d'envisager
la présence d'un porteur de cette autorisation dans chaque centre.
Le
pharmacien hospitalier a par contre la possibilité de conseiller le service de
médecine nucléaire de l'hôpital dans lequel il travaille, et ce à différents
niveaux :
-
achat
de spécialités autorisées, respect de la loi sur l'importation des médicaments
-
conditions
de préparation :
-
établissement
et respect de procédures de préparation souvent reprises dans la notice
(utilisation du générateur, doses habituelles, radioactivités minimale et
maximale pour un marquage, volume, précautions, …)
-
mise
en place d'un contrôle de qualité quand nécessaire (examens quantitatifs)
-
contrôle
des appareils de mesure
-
conditions
aseptiques (hottes à flux laminaire vertical)
-
établissement
d'un ordonnancier
-
administration
au patient : mise en place d'une traçabilité des produits utilisés.
Légalement,
la pharmacien hospitalier porte la responsabilité de la qualité des
radiopharmaceutiques, au même titre que pour d'autres médicaments.
Quelques
centres de plus grande importance pourraient collaborer avec des
radiopharmaciens pour certains cas :
-
production
pour usage local de trousses de marquage non commercialisées,
-
soit
pour avoir accès à des traceurs rares (ex.: aprotinine marquée au 99mTc)
-
soit
pour réduire le coût de fonctionnement (production de trousses dont le brevet
est périmé)
-
analyse
des dérivés non à usage humain (ex.: 14C)
-
production
pour usage local de traceurs non commercialisés (ex.: 64Cu)
La
KUL est pionnière puisqu'une radiopharmacie y existe depuis déjà longtemps.
D'autres pharmacies s'attachent des radiopharmaciens mais n'ont pas encore de
radiopharmacie en tant que telle.